Une équipe de l’université de Pennsylvanie vient de publier une étude portant sur 686 patientes opérées de prothèses mammaires à visée esthétique et réparatrice.
Prepectoral versus Subpectoral Implant-Based Breast Reconstruction: Evaluating the Shift
Cordray, Holly; Khan, Salman; Voytik, Malia;
Plastic and Reconstructive Surgery. 157(5):787-797, May 2026.
Il y a à peu près 300 patients par cohorte, ce qui rend cette étude pertinente et intéressante ; les résultats sont sans appel ; la tendance la plus récente est de mettre les prothèses en avant du muscle pectoral quand c’est possible, estime cette équipe, car les résultats esthétiques sont supérieurs. Toutefois le taux de complications est pratiquement le double! 2 fois plus d’infections post opératoires quand on met les prothèses en avant du muscle, un taux de reprise presque 3 fois supérieur pour des hématomes, et plus de déhiscence des cicatrices. La mise en place des prothèses en rétro musculaire est donc plus sûre au niveau de l’évolution.
Mon expérience personnelle
Mon expérience personnelle est tout à fait parallèle à cette étude depuis près de 20 ans , moi-même et les membres de mon équipe préfèrent placer les prothèses mammaires en position pré pectorale pour éviter 3 inconvénients que nous estimons préjudiciables au niveau esthétique :
1) Le placement plus rapide en bonne position des prothèses quand on les met en pré pectoral car le muscle pectoral ne les bloque plus en position trop haute pendant plusieurs mois, même si on incise l’insertion du muscle pectoral sur les côtes inférieures (“dual plane”)
2) Un aspect plus satisfaisant au niveau esthétique, car les prothèses mises en place en pré pectoral créent un aspect plus érotique au niveau de la poitrine, même si on implante des prothèses à projection moyenne, et pas forcément à très haute projection; de plus des prothèses hémisphériques deviennent quasiment anatomiques, car le gel siliconé migre vers la moitié inférieure de la prothèse, cela est mieux perceptible parce que la prothèse est mise derrière la glande mammaire et non pas cachée par le muscle pectoral.
3) L’implantation pré musculaire est beaucoup moins douloureuse, car c’est le décollement du muscle pectoral au-devant des côtes qui crée les douleurs post-opératoires, qui durent au moins une semaine, alors que la position pré musculaire n’entraîne peu ou pas de douleur post-opératoire.
Dans ces conditions, il semble qu’aujourd’hui il vaille mieux , quand il existe un tissu cutané graisseux et musculaire satisfaisant au niveau du thorax de la patiente, de placer et protéger les implants mammaires siliconés micro texturés en position pré musculaire que rétro musculaire, même si le risque post-opératoire d’infection ou de mauvaise cicatrisation est supérieur ,car ce qui prime est le résultat esthétique à moyen et long terme. Par contre si la couverture cutanée, graisseuse et glandulaire est insuffisante, il vaut mieux évidemment placer les prothèses en position rétro musculaire, en avertissant bien la patiente des inconvénients, car, dans ce cas, les prothèses ont tendance à remonter sous les clavicules quand on contracte les pectoraux, voire un peu migrer latéralement au niveau du thorax un peu plat.
Un progrès technique d’ailleurs récent initié par le docteur Éric Auclair de Paris a été de proposer de renforcer l’épaisseur de la couche cutanée autour et devant les prothèses en utilisant le principe du lipofilling qui est le prélèvement de graisse sous-cutanée de la patiente elle-même; mais ce geste complémentaire n’est possible que s’il existe des réserves graisseuses satisfaisantes pouvant être prélevées; cette méthode à l’avantage d’estomper les bords de la prothèse et de permettre aussi l’amélioration de l’arrondi du décolleté.